mallorca

Sur les traces de Chopin à Majorque

Sur les traces de Chopin à Majorque

Vue du ciel, l’île se montre dans toute sa grandeur alors que l’avion s’approche du moderne et très actif aéroport de Son San Joan de Palma. De couleur ocre et cuivre ponctuée de vert, la terre surgit d’une mer d’un bleu immaculé. L’eau est à peine perturbée par le sillage de quelques bateaux qui font le trajet de Barcelone jusqu’à l’île. Depuis son hublot, le voyageur aperçoit très clairement la Sierra de la Tramuntana, qui traverse l’île du nord au sud, et les infinies calanques perdues qui font l’un de ses principaux charmes.

Notre voyageur ferme le livre qu’il était en train de lire et se prépare à l’atterrissage.

Sur le siège repose un texte qui est devenu avec le temps un classique de la littérature de voyages. Il s’agit de «Un hiver à Majorque», de l’écrivain française George Sand, publié à Paris en 1855. Cela nous ramène 168 ans en arrière, lorsqu’un bateau spécialisé dans le transport des cochons et en partance de la capitale catalane laissa dans le port de Palma un couple d’amoureux très particulier. Deux personnes qui allaient, chacune à sa manière, laisser une profonde emprente dans l’histoire de l’art. Lui, c’était le compositeur et pianiste d’origine polonaise Frédéric Chopin; elle, George Sand.Depuis Palma, le couple se rendit, au long d’un pénible voyage de presque un jour, dans une petite localité située dans les collines du nord de Majorque: Valldemossa. Leur destination finale était la chartreuse du village, fondée en 1339, dans laquelle ils allaient passer, comme l’indique le titre du livre, un hiver. Aujourd’hui, il n’est pas difficile d’imaginer les échos de piano du maître polonais lorsque le voyageur se promène dans cet édifice et son magnifique jardin intérieur. Dans une modeste cellule de la chartreuse, le visiteur peut voir le piano sur lequel Chopin a commencé à composer l’une des ses dernières œuvres: les mondialement célèbres «préludes». Puis il découvre également les manuscrits de Sand ainsi que les partitions originales du grand musicien.

La légende locale raconte que Chopin se serait exclamé un jour «Valldemossa est le plus bel endroit du monde!»

Cette phrase était peut-être une exagération du Polonais, fruit de ses derniers instants de bonheur. L’artiste était déjà atteint de la tuberculose qui allait le conduire à la tombe, mais il est indéniable que la sérénité et le calme de ce village d’une centaine d’habitants, dominé par l’imposant clocher de la chartreuse, peuvent encore être appréciés de nos jours. Majorque exerce un pouvoir d’attraction indiscutable depuis le passage de Chopin et George Sand. Déjà au XIXème, et grâce à la publication d’«Un hiver à Majorque», nombreux ont été les visiteurs qui ont cherché dans cette terre le repos et l’inspiration. De nos jours, Palma continue à séduire des artistes, intellectuels et célébrités. Parmi eux, on peut mentionner le grand écrivain britannique disparu Robert Graves, auteur de «I, Claudius», la top model allemande Claudia Schiffer, le couple de comédiens Michael Douglas et Catherine Zeta-Jones, le tennisman Boris Becker, le mécène Ben Jakober ou le grand écrivain mexicain Carlos Fuentes. Mais revenons à notre voyageur. Il se peut que depuis Valldemossa, il aille dans le petit village de Sóller et qu’il prenne pour rentrer à Palma le train historique en bois, héritage du début du siècle passé. Une autre possibilité serait, depuis le port du Deià, qu’il décide de parcourir les calanques qui marquent la côte jusqu’à la magnifique ville médiévale de Alcúdia. Ou alors, avant de retourner à Palma pour profiter de la vie nocturne et des nombreux restaurants de la ville, il pourrait passer l’après-midi dans les ports de Pollença ou d’Andratx où règnent encore la sérénité et la paix des temps anciens. Une fois à Palma, le voyageur se perdra sans doute dans les labyrinthes que forme la vieille ville de la capitale, connue comme «La Lonja».

Dans ses rues étroites, la surprise l’attendra à chaque pas et les restaurants de tout style de cuisine l’accueilleront jusque tard dans la nuit.

Du cocktail dans le spectaculaire palais baroque «El Abaco» jusqu’aux sons du jazz et de la musique brésilienne sur la terrasse de l’Hôtel Saratoga, qui surplombe la ville, en passant par un café au pied des murailles de la ville au «Café Cappuccino», toutes les possibilités existent dans cette capitale qui ne dort jamais. Le potentiel de l’île est infini et pendant que notre voyageur boira un verre de vin blanc de la région devant le coucher du soleil au «Puro Beach», à Cala Estancia, il est fort probable qu’il comprenne pourquoi Chopin vécut dans cette île les plus beaux et productifs moments de son existence.

Rodrigo Carrizo Couto est journaliste et photographe espagnol. Depuis 2003, il est correspondant en Suisse du quotidien de Madrid «El País».