
Que faire quand le froid et l?humidité persistent?
Quand fanent les perce-neige et gèlent les violettes parce que mars se croit toujours en hiver?

Donnez-vous des ailes en partant là où le printemps vous attend. La Crète, ses anémones et ses lilas, ses ajoncs et ses pavots cornus, ses iris et ses cistes, ses orchidées et toutes ses belles pousses printanières qui, chez nous, sont sur liste rouge et pullulent en Crète le long des sentiers et en pleins champs. La mi-mars est idéale car le ciel semble alors né de la mer et les journées ensoleillées sont longues, longues. Si la mer est encore fraîche, le sable des plages est déjà chaud, et lon est en quelques foulées en pleine nature, où rivalisent de vigueur les premiers amandiers en perspective de la symphonie florale crétoise. Des anémones blanches et des iris bleus célèbrent une bacchanale champêtre sous le regard des buissons dajoncs dont émane une vigueur surprenante. La raison est en récréation, la vue et lodorat transportent le bonheur du printemps jusquaux tréfonds de lâme.
Il ny a pas un arpent de terre qui ne soit en bouton ou en fleur, pas un chemin au bord duquel on nait envie de cueillir un bouquet. Des anémones blanches et violettes nous regardent avec confiance par-dessus leurs étamines noires, les anémones couronnées rougissent encore plus fort que les coquelicots, comme peintes à la laque japonaise. Les buissons de cistes se couvrent de fleurs en crêpe fuchsia percé de boutons jaunes. Des muscaris bleu foncé flirtent avec des renoncules jaunes, des glaïeuls sauvages rouges avec des chrysanthèmes, des liserons roses avec des anchusas bleu ciel. Et si lon met le nez dans les bouquets de thym, on découvre les timides et rarissimes tulipes sauvages, iris tubéreux ou orchidées en vingt-cinq variétés. En Crète, les jeunes dieux du printemps de Goethe nont décidément pas lésiné sur les semailles.
Texte: Bernd Fritz, «Die Zeit»



